Sculptures en terre
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Jean-philippe richard

Sculpteur

Jean-Philippe Richard, sculpteur drôme provençale

Le péché de Prométhée

La sculpture est à part. De tous les arts, elle est la plus marquée par l’étrangeté de la ressemblance avec le corps humain. On lui tourne autour. Idole bénéfique, idole maléfique, la statuaire imprime à l’imaginaire le volume et la matière dont nous sommes nous même issus. « Tu es poussière et tu retournera à la poussière » dit la Bible.
Pygmalion tombe amoureux de sa propre création. Don Juan, le blasphémateur, défie Dieu à travers la Statue du Commandeur.
On donne des pouvoirs surnaturels aux vierges, qui pleurent dans les églises, ou, que l’on porte encore aujourd’hui dans les processions. La sculpture entretien l’ambiguïté entre le sacré et le profane, entre la vie et la mort : « Copier un modèle, et l’œuvre est accomplie ; mais y imprimer une âme, faire un type en représentant un homme ou une femme, c’est le péché de Prométhée… » Ecrit Balzac.

C’est à cet art figuratif particulier que Jean-Philippe Richard travaille. Son œuvre est marquée par la figure de la femme en général et l’essence de la féminité en particulier. Il a créée un « type » reconnaissable entre tous. Un corps longiligne, très élégant, maniériste même, rappelant les dessins des années 20 du couturier parisien Paul Poiret. Chacun de ses visages est différent. Les sculptures portent le nom du modèle. Qu’elles esquissent un sourire mutin, indifférent ou autoritaire, des légères traces du mystérieux sourire étrusque s’attarde sur leurs lèvres exquises. Dorment-elles ? Rêvent-elles ? Elles ignorent le spectateur. Celui-ci ne sait pas ce qui l’attire en elles, leur charme exerce sur lui l’appel d’un ailleurs. Ses nus sont sensuels, proches de ceux de Rodin. On a envie de les tenir dans la paume de la main, mais l’originalité bien affirmée des œuvres de Jean-Philippe Richard s’exprime dans ses sculptures en pied, de taille réelle, ses femmes.
L’artiste extrait la beauté dans la masse inerte de la terre, du bronze, de la pierre. Le peintre grec Zeuxis prit comme modèle les cinq plus belles filles de Crotone pour réussir le portrait de la fameuse Hélène dont la beauté était sans équivalent. Jean-Philippe Richard s’inspire de l’histoire de la statuaire, du cinéma, de la mode.

De l’esprit classique il retient le calme, la douceur, la jeunesse. Leurs corps restent fermes sous leurs robes épousant leurs formes délicates. Ni la tristesse, ni une trop grande joie ne viennent assombrir la physionomie tranquille et suave des ses personnages. Elles semblent appartenir à un monde immatériel. La silhouette l’emporte sur la sensualité charnelle, le graphisme sur le volume, le phantasme sur la réalité comme dans la statuaire Egyptienne.
Terriblement présentes et paradoxalement terriblement absentes ses femmes sont trop idéalisées pour appartenir à ce que l’on appelle le naturalisme.
Elles semblent être nos contemporaines, par la spontanéité, l’attitude plus ou moins étudiée de leur petite personne, et par la coupe de leurs cheveux travaillée avec beaucoup de soin par l’artiste. Mais leur attitude sophistiquée et hautement raffinée qui distingue une diva de l’écran noir et blanc de toute autre femme réelle les en éloigne. Bien encrées dans la matière comme les personnages de Camille Claudel, elles expriment leur intériorité, leur personnalité respective, leur unicité.

Ce sont des idées de femmes à peine sexuées comme « les longues tiges en fleur » dont parlait Marcel Proust. Elles semblent être là depuis toujours. « J’aime les statues anciennes dans les jardins c’est un monde parallèle et silencieux qui existe en dehors de soi où il se passe forcement beaucoup de choses comme dans l’histoire de la Venus de l’île de Prospère Mérimée. » M’avait enseigné un jour l’artiste surréaliste Aube Elléouët Breton.

Ileana Cornea, Paris, décembre 2015

Fragments

Si la fragmentation est le lot de tout individu post-moderne, clivé entre de multiples désirs, encouragé de part et d'autres à développer ses divers potentiels, livré à son seul libre arbitre et délivré de tout ordre hétéronome lui dictant ses choix, elle n'a jamais été aussi présente que chez les femmes d'aujourd'hui. Parmi les possibles qui s'offrent à elles, impossible de trancher dans le vif.

Aussi, les colonnes et les tableaux de Jean-Philippe Richard, composés de fragments de visages féminins, évoquent-ils les milles et une facettes des femmes contemporaines, l'incapacité qu'elles ont à ramasser les morceaux d'une vie déchirée, mais aussi la tentation de les faire tenir ensemble. Cette tension entre le fragment et le tout, entre la dislocation et la réconciliation, se joue également dans les "aquarelles-montages" de Virginie Lhomme Fontaine. Des figures de femme-aventurière, de femme-mère ou encore de femme-séductrice s'y côtoient dans des portraits à la fois éclatés et homogènes.

Parmi les rôles qui se présentent aux femmes, Jean-Philippe Richard et Virginie Lhomme Fontaine épinglent plus particulièrement ceux relatifs au vocabulaire animalier ou au champ lexical de la chasse. Des amazones biches, poules ou cailles immaculent des feuilles de papier blanc de leurs couleurs quand leurs têtes ne font pas office de trophées en terre cuite.

A la fragmentation, Jean-Philippe Richard répond également par l’évanescence. En effet, pour être multiples, les femmes de la post-modernité échappent à toute saisie définitive, comme en témoignent ses sculptures en pied, qui les rendent à leur fugacité, à leur présence-absence, à la fois ici et ailleurs.

Sarah Ihler-Meyer